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Crédit : Lionel Roux, CCJ, AMU-CNRS

Avec le Gyptis, l’histoire s’invite au Marché Potier

Droits : Lionel Roux, CCJ, AMU-CNRS.

Crédits : Lionel Roux, CCJ, AMU-CNRS.

Jeudi 5 mai 2016, le Marché Potier de Marseille n’a pas seulement rendez-vous avec les Marseillais, il a aussi rendez-vous avec l’Histoire de Marseille, celle qui s’écrit avec un « H » majuscule. Elle prendra les traits d’un petit bateau de pêche reconnaissable à sa proue dotée d’yeux stylisés : le Gyptis.

D’un Gyptis à l’autre en 2 600 ans

Il a l’air anodin ce bateau, juste un brin vintage, presque à la mode, et pourtant… Sa première mise à l’eau, en octobre 2013, a attiré un nombre inhabituel de caméras et journalistes. Elle concrétisait la fin de la première phase de tout un projet scientifique né en 1993 avec la découverte de deux épaves grecques sur la place Jules Verne, à l’ombre de l’Hôtel de ville. Il s’agissait de deux bateaux de pêche datant du VIe siècle avant J.-C.. Le projet Prôtis, du nom d’un navigateur grec antique qui atteignit les côtes marseillaises, débute alors, sous la direction de Patrice Pomey, archéologue et directeur de l’équipe d’archéologie navale du centre Camille Jullian (CNRS, Aix-Marseille Université). Il se déroulera en trois étapes : les études des épaves, la phase de construction à l’identique avec un assemblage par ligatures d’une réplique navigante et la découverte de ses capacités nautiques.

Lionel Roux, CCJ, AMU-CNRS

Crédit : Lionel Roux, CCJ, AMU-CNRS

Les études révèlent que les épaves ont été abandonnées vers 525 avant J.-C. et, de ce fait, auraient été construites par la deuxième génération de Marseillais. Ces bateaux seraient donc parmi les premiers produits à Marseille, probablement à proximité de la calanque du Lacydon, autour de laquelle s’est érigée Phocée en 600 avant J.-C.. Près de 2 600 ans plus tard, Phocée est devenue Marseille, le Lacydon le Vieux port et l’épave renaît sous les traits du Gyptis.

A la barre du Gyptis, Pierre Poveda, relais d’Histoire

Pierre Poveda à la barre du Gyptis. Crédits : Teddy Seguin.

Pierre Poveda à la barre du Gyptis. Crédits : Teddy Seguin.

Au centre Camille Jullian, Patrice Pomey est entouré de passionnés. Parmi eux, Pierre Poveda. Archéologue spécialisé en archéologie navale et dans l’étude de bateaux antiques, il participe très activement au projet Prôtis avec toute une équipe de charpentiers de marine. Après la première mise à l’eau en octobre 2013, dans le cadre de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, Pierre Poveda et ses collègues vont expérimenter pendant deux ans les capacités de navigation du bateau, à la voile, à la rame, avec ou sans vent, au large, etc. Maintenant que le Gyptis a dévoilé tous ses secrets, sa nouvelle vocation est de devenir un objet de médiation scientifique, culturelle et pédagogique. Derrière cette coque en bois assemblée uniquement par tissage se trouve un savoir-faire antique et un patrimoine qui attirent les musées de toute la France, jusqu’à la pointe de la Bretagne.

Le 5 mai, Marseille a rendez-vous avec son patrimoine

Que le Gyptis et son « capitaine » Pierre Poveda nous fassent l’honneur de leur présence pour cette 10ème édition du Marché Potier de Marseille répond à une certaine cohérence. Artisanat antique, la poterie fait parti des gènes de Marseille. Quoi de plus naturel donc que la rencontre de ces deux témoins des racines de la ville, au lieu même où elle s’est créée, au Lacydon ?

Pierre Poveda viendra présenter le Gyptis avec, à son bord, des amphores réalisées par Christophe Follenbach. L’occasion de l’admirer et de le voir évoluer sur l’eau, le tout sous le regard bienveillant de Notre-Dame-de-la-Garde, si jeune du haut de ses 800 ans.

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